Nous avons vu précédemment comment une nouvelle économie était en train de naître en Californie, associant des personnes privées, de larges bases de données, des techniques de traitement de données en temps réel, des réseaux sociaux et des liaisons mobiles. Les résultats sont étonnants, après seulement quelques années (ou même mois) d’existence. L’économie digitale partagée est maintenant une réalité. Mais si la bataille technologique est largement gagnée, il reste encore un obstacle de taille : la bataille juridique ne fait que commencer.
Nos lecteurs connaissent les noms des nouvelles sociétés de transport collectif (comme Lyft, Uber, Sidecar, Zimride) ou les sociétés de services collectifs (comme Instacart ou Postmates), ou encore les « hôtels à la maison » comme AirBnb. Il n’a pas fallu très longtemps pour que la réaction des « disrupted » se manifeste.
En ce qui concerne les sociétés de transport collectifs, cela a commencé par une pression des chauffeurs de taxis contre les « collectifs », en particulier les chauffeurs de Lyft (facilement reconnaissables à leur grosse moustache rose qui orne leurs voitures). Sous la pression des taxis, le 9 juin dernier, l’administrateur du Los Angeles Department of Transportation a envoyé aux sociétés de trajet partagé (« ride sharing ») une lettre les sommant d’arrêter leurs activités (« cease and desist ») sous peine d’amende, mise à la fourrière de leur voiture pour 30 jours et même peines de prison pour les conducteurs. La semaine suivante, une manifestation de plus de 200 taxis appuyait la demande en manifestant devant l’hôtel de ville de Los Angeles. Pendant quelques semaines, le mouvement s’est même étendu à New York et Austin.
Bien entendu, les sociétés émergentes ne sont pas resté inoccupées : travaillant directement de San Francisco avec la Public Utility Commission (PUC) qui gère les sociétés de taxis, UberX et Lyft ont obtenu un jugement très favorable pour les sociétés de transport partagé. Il y a des conditions : 1) la société doit avoir une assurance d’au moins un million de dollar pour chaque accident, 2) les chauffeurs doivent avoir une assurance personnelle, 3) les conducteurs doivent suivre un programme et obtenir un permis de conduire spécial, et 4) les conducteurs seront soumis à une vérification de leur dossier criminel.
Fin de l’aventure ? Certainement pas : dans les dernières semaines, les sociétés de taxis et de limousines ont annoncé la création d’un fond pour engager de nouvelles batailles légales. Simultanément, différentes villes demandent que les particuliers louant des chambres dans leur appartement ou leur maison paient les taxes hôtelières. Les villes de San Francisco, New York et Austin demandent que des lois interdisent les locations de moins de 30 jours. L’avocat général de la ville de New York, Eric Schneiderman, va plus loin : il a envoyé une injonction à Airbnb demandant la liste de ses participants pour vérifier que chaque loueur a bien déclaré les sommes perçues via ces locations.
L’innovation est à la mode. Les technologies qui bouleversent notre mode de vie attirent les meilleurs cerveaux et les fonds d’investisseurs, mais seuls survivront les sociétés qui auront aussi les millions de dollars nécessaires pour assurer leur défense.
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